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samedi 9 janvier 2016

Mes meilleures lectures de 2015

En 2015, j'ai lu 72 livres dont 11 bandes-dessinées. Dans l'ensemble, je suis très satisfaite de mon année de lecture qui n'a pas compté beaucoup de déceptions. J'ai eu pas mal de coups de coeur comme Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons ou encore Manderley for ever de Tatiana de Rosnay. Deux livres que j'ai absolument adorés et que je vous recommande sans hésiter.


 

En tout début d'année, j'ai découvert Morwenna de Jo Walton qui fut un gros coup de coeur également. Et même chose pour Charlotte de David Foenkinos. J'ai d'ailleurs eu l'immense chance de recevoir l'édition illustrée à Noël cette année. Une relecture va s'imposer en 2016. 

 


Ma grande découverte de 2015 aura été la splendide écriture de Jacqueline Harpman avec La plage d'Ostende. Ce roman fut une sacrée lecture et je compte bien lire un autre roman de l'auteure en 2016. La sortie du nouveau livre de Joël Dicker était "mon" petit évènement de la rentrée littéraire. Le livre des Baltimore a totalement répondu à mes attentes. Addictif, bien construit et peuplé de beaux personnages.


Cet été, j'ai enfin découvert Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe, un roman qui s'ajoute lui aussi à la liste. Plus connu chez nous sous le titre Beignets de tomates vertes, ce roman de Fannie Flagg vous fera voyager d'une époque à l'autre dans l'atmosphère unique du sud des Etats-Unis. Drôle et touchant. Dans la même veine, j'ai dévoré et adoré Le secret de la manufacture de chaussettes inusables d'Annie Barrows. Deux romans dont les atmosphères se ressemblent mais qui se démarquent par leur histoire et leurs personnages attachants.


A l'automne, je me suis tournée vers un roman qui me faisait envie depuis longtemps et qui, j'en étais certaine, allait beaucoup me plaire et me faire rire ! On reste toujours dans une ambiance vintage, mais cette fois, place à la comédie. Miss Buncle's Book de D.E. Stevenson est un vrai régal ! On y suit les pérégrinations de Barbara Buncle alors que celle-ci écrit un livre dont les personnages principaux ne sont autres que ceux qu'elle rencontre au quotidien dans sa petite bourgade, Silverstream. Je vous laisse imaginer le chaos que la publication du livre va entraîner ! Et puis pour terminer, en cette fin d'année, mon attention s'est portée vers un roman dont l'action se déroule sur une île écossaise fictive où on tente de lever le voile sur la disparition d'un auteur de polar lui aussi inventé de toutes pièces. Juste avant l'oubli d'Alice Zeniter a été une de mes plus belles lectures en cette fin d'année. 


En jeunesse, je retiens trois titres : Broadway Limited - Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh, Le mystère de Lucy Lost de Michael Morpurgo et Aristotle and Dante discover the secrets of the universe de Benjamin Alire Saenz. Ils sont tous les trois très différents les uns des autres mais je les ai tous adorés, avec une préférence (pas du tout prévisible) pour Broadway Limited.


J'ai fait de très belles découvertes en bandes-dessinées cette année, mais celle qui a tiré son épingle du jeu a incontestablement été California Dreamin' de Penelope Bagieu



Et vous, quels sont les romans/bandes-dessinées qui ont marqué votre année ?



jeudi 13 août 2015

Le manoir de Tyneford

Le manoir de Tyneford commence en 1938. Nous faisons alors la connaissance d'Elise Landau, une jeune femme de bonne famille, contrainte de s'exiler en Angleterre en raison du climat politique autrichien. A Vienne, elle laisse ses parents, et sa soeur qui, quant à elle, prévoit d'émigrer aux Etats-Unis avec son mari. Elise devient ainsi femme de chambre au Manoir de Tyneford, au service de Mr. Rivers, le maître des lieux. L'inquiétude quant au sort de ses proches et ses nouvelles conditions lui mènent la vie dure. Elise n'en montre pourtant rien. Petit à petit, elle va s'adapter, et des liens vont se tisser entre elle est les habitants de Tyneford. Elle va apprendre à apprécier sa nouvelle vie, à découvrir d'autres traditions et se forger de nouvelles habitudes. Et très rapidement, elle tombe sous le charme du manoir ainsi que de ses occupants, et réciproquement.

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 "Je ne vis la maison que lorsque nous fûmes presque arrivés. Au-dessus de la cime des tilleuls pointaient des cheminées et une girouette de lation en forme de bateau qui louvoyait et gambillait au vent. On aurait dit qu'elle naviguait sur un océan de feuillage (...). Enfin nous sortîmes de l'allée et Tyneford s'offrit à ma vue. Je n'oublierai jamais cette première vision. C'était un manoir simple et élégant. D'une couleur différente de celle des cottages (...). Ce ne fut pas seulement la beauté du bâtiment qui me frappa cet après-midi-là et bien d'autres après, mais aussi sa situation : rares sont les endroits en Angleterre où la nature a été plus prodigue (...). Une élégante terrasse courait le long de la maison d'où quelques marches menaient à une pelouse soyeuse qui descendait vers la mer. Toutes les fenêtres de la façade donnaient sur cette étendue d'eau étincelante, calme, enchanteresse. Je respirai de nouveau cet air à l'étrange odeur de thym, de terre fraîchement retournée, de sueur et de sel".

 "J'adorais cet endroit. J'aimais son côté sauvage, la mer battant les rochers noirs, le cri des oies cendrées dans le ciel, les oeillets maritimes au sommet des falaises, les couleuvres lovées dans la lande, le chant des pêcheurs, ..."



Je me suis tout de suite prise d'une grande affection pour Elise. C'est une jeune femme incroyablement forte, intelligente, romantique et entière, tout en ayant la tête bien vissée sur les épaules. Mais je suis aussi tombée sous le charme de tous les autres personnages, Kit un peu moins peut-être car je l'ai trouvé assez lisse et immature. La façon dont l'auteur évoque l'exil, avec cette crainte de se perdre, d'oublier le visage de ceux qui sont restés est poignante. On partage la dévotion d'Elise à l'égard des quelques reliques familiales qu'elle a emmenées avec elle. Une robe de sa mère, des perles, le dernier manuscrit de son père (écrivain) caché dans un alto (sa mère est musicienne) (d'où le titre original du roman The novel in the viola - que je préfère en raison de ce qu'il évoque). Ils sont tout aussi précieux à nos yeux qu'aux siens. Je me souviens avoir été bouleversée par une scène à la fin où la métaphore installée par l'auteur autour de ce manuscrit caché nous explose à la figure.

Un passage où Elise parle de ses parents :  "D'habitude, je les voyais dans la maison de mon enfance. Julian écrivait dans son bureau, Anna revenait de son shopping les joues roses, encombrée de paquets enveloppés dans du papier rayé. A présent, je ne savais comment penser à eux. Je n'avais plus d'images en tête, l'écran était blanc".

"Lorsque je pensais à l’Elise de Vienne avec sa vie facile remplie de concerts, de bains parfumés et d’amour familial, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une autre personne".

Le ton du roman est certes nostalgique et mélancolique, mais je ne l'ai pas trouvé triste pour autant. C'est un roman qui est très atmosphérique. Il y a de très jolies scènes plutôt joyeuses qui apportent elles aussi beaucoup au ton général. Mais ce qui a achevé de me convaincre et de m'emporter dans ce tourbillon d'émotions, c'est la façon dont le manoir et la mer prennent part à l'histoire. Ils sont eux aussi des personnages. On sent presque le vent nous fouetter le visage. On entend les vagues le long du rivage. Le manoir de Tyneford nous fait rêver, avec sa rudesse et son luxe désuet. Je vous ai inséré quelques passages évocateurs du talent de l'auteur pour créer des ambiances et donner à un lieu une atmosphère unique. Ceux qui ont lu Rebecca penseront sans doute à Manderley. Pour terminer, j'évoquerai rapidement la fin en demi-teinte que j'ai beaucoup aimée. Je l'ai trouvée à l'image du roman. En ce qui concerne le village de Tyneford, l'auteur s'est d'ailleurs inspirée d'une histoire vraie, elle en parle dans une note finale. J'ai lu que certains considéraient ce livre comme une romance. Certes, il y a un aspect romantique qu'on ne peut nier, mais personnellement, je le vois plutôt comme un roman d'apprentissage sur l'exil, avec une héroïne plus que digne de notre attachement. Je vous le recommande vivement. Quant à moi, je vais me pencher sérieusement sur les autres romans de l'auteur.

Le manoir de Tyneford, Natasha Solomons, Calmann-Lévy, 2012, 456 p. Disponible en poche.