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lundi 8 février 2016

L'orage rompu


L'année dernière, j'ai découvert La plage d'Ostende de Jacqueline Harpman et ce fut une révélation. J'ai adoré ce roman de bout en bout, en me délectant de chaque passage, et me faisant retomber amoureuse encore et encore de la merveilleuse langue française, tellement riche et savoureuse sous la plume d'Harpman. Et j'ai retrouvé ce plaisir littéraire avec L'orage rompu. Ce court roman écrit à la première personne nous raconte l'histoire de Cornélie, une femme d'âge mûr venant d'assister aux funérailles de son ex-mari à Paris. Alors qu'elle débute son récit, elle se trouve dans le train qui la ramène à Bruxelles. Elle vient d'y faire la connaissance d'Henri, son voisin de table au sein de la voiture restaurant. Une complicité nait entre eux, et ils se retrouvent à parler de leurs vies respectives de façon plus ou moins intimes.


En confiant tout un tas d'anecdotes sur son enfance, son adolescence ou encore sa vie de femme, Cornélie passe sa vie en revue, les moments importants de son existence, les choix dont elle sait avec le recul qu'ils ont été décisifs; mais aussi les évènements et personnes qui ont fait partie de sa vie à un moment donné et qui l'ont marquée de leur empreinte. L'occasion pour l'auteur de disséquer le psyché de son héroïne en lui offrant, ainsi qu'au lecteur, toutes les clés de lecture nécessaires. Elle la confronte à ses propres contradictions, et à ses désirs. Cornélie nous parle en toute franchise de ses peurs, de ses insécurités de femme, de mère, d'ex-épouse ou d'amante, en apportant une réflexion à la fois directe et poétique sur ses sentiments. On y découvre les traits d'une femme qui se sent souvent indécise et faible, mais qui se révèle au fil des pages extraordinairement forte et touchante.
"Derrière les images familières qui forment le décor apparent de cette scène intérieure que nous nommons notre histoire, un autre récit se cache, silencieux et pathétique, gonflé par les aveux qui n'ont pas été faits, les regrets qui n'ont pas été dits, les chagrins dissimulés par pudeur et que nous avons déchiffrés sans nous en rendre compte entre les regards qui se dérobaient et les sourires forcés de ceux que nous aimions."
Ce monologue nous est livré en un seul morceau, sous sa forme la plus brute. Les confidences de Cornélie nous permettent de retracer le cheminement de sa pensée, la façon dont les évènements formateurs de son existence et de sa personnalité l'ont conduite à prendre la décision qu'elle va prendre à la fin du roman. L'auteur se concentre sur tous ces petits souvenirs et ressentis auxquels fait appel notre mental lorsqu'il est confronté à ce genre de situation où l'on sent que tout ce qu'on a connu jusque là ne tient plus qu'à un fil. Quels sont ces mécanismes psychologiques qui s'enclenchent et qui nous poussent d'un côté ou de l'autre du précipice, nous faisant basculer entre la soumission au désir qui nous habite et la sécurité de l'acte manqué ?

C'est merveilleusement bien écrit. L'humour d'Harpman, vif et subtil, parsème son texte et nous fait aimer une héroïne qu'on aurait tout aussi bien pu détester. Si je regrette certains passages un peu longuets, le roman, pourtant dépourvu de chapitres, garde un certain rythme et cultive même un suspense dont la finesse n'égale que celle de la psychologie avec laquelle l'auteur tisse son texte. Je recommande sans hésiter.
"(...) ce regard qui ne me lâchait plus et qui provoquait en moi l'étrange transmutation. Mais est-ce soi ou l'autre qui change ? Et quelque chose change-t-il ? Ou cesse-t-on brusquement de lutter contre la transformation qui a eu lieu d'emblée, dès le premier instant, reconnaît-on que l'on a passé la ligne et déjà fait plusieurs pas de l'autre côté, quitté la tiédeur quotidienne, le climat étale de la quiétude dont on avait prétendu que c'était du bonheur ? Admet-on enfin que la tempête s'est levée et que les vagues sont fortes, le vent gonfle la voilure, on est en haute mer, il n'y a plus aucune terre en vue mais seulement les écueils mortels où l'on risque de se heurter, le danger des naufrages et la folie qu'il ne faut pas retenir, l'appel adorable des sirènes qui couvre la clameur des flots et ce trouble profond dont l'invasion est exquise, on en mourra peut-être, certainement, à coup sûr, mais qu'importe ! Vive la mort qui nous emporte triomphants dans les bras du plaisir, vive le déchaînement absolu, la perte de soi, l'oubli de toute réalité."

samedi 9 janvier 2016

Mes meilleures lectures de 2015

En 2015, j'ai lu 72 livres dont 11 bandes-dessinées. Dans l'ensemble, je suis très satisfaite de mon année de lecture qui n'a pas compté beaucoup de déceptions. J'ai eu pas mal de coups de coeur comme Le manoir de Tyneford de Natasha Solomons ou encore Manderley for ever de Tatiana de Rosnay. Deux livres que j'ai absolument adorés et que je vous recommande sans hésiter.


 

En tout début d'année, j'ai découvert Morwenna de Jo Walton qui fut un gros coup de coeur également. Et même chose pour Charlotte de David Foenkinos. J'ai d'ailleurs eu l'immense chance de recevoir l'édition illustrée à Noël cette année. Une relecture va s'imposer en 2016. 

 


Ma grande découverte de 2015 aura été la splendide écriture de Jacqueline Harpman avec La plage d'Ostende. Ce roman fut une sacrée lecture et je compte bien lire un autre roman de l'auteure en 2016. La sortie du nouveau livre de Joël Dicker était "mon" petit évènement de la rentrée littéraire. Le livre des Baltimore a totalement répondu à mes attentes. Addictif, bien construit et peuplé de beaux personnages.


Cet été, j'ai enfin découvert Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe, un roman qui s'ajoute lui aussi à la liste. Plus connu chez nous sous le titre Beignets de tomates vertes, ce roman de Fannie Flagg vous fera voyager d'une époque à l'autre dans l'atmosphère unique du sud des Etats-Unis. Drôle et touchant. Dans la même veine, j'ai dévoré et adoré Le secret de la manufacture de chaussettes inusables d'Annie Barrows. Deux romans dont les atmosphères se ressemblent mais qui se démarquent par leur histoire et leurs personnages attachants.


A l'automne, je me suis tournée vers un roman qui me faisait envie depuis longtemps et qui, j'en étais certaine, allait beaucoup me plaire et me faire rire ! On reste toujours dans une ambiance vintage, mais cette fois, place à la comédie. Miss Buncle's Book de D.E. Stevenson est un vrai régal ! On y suit les pérégrinations de Barbara Buncle alors que celle-ci écrit un livre dont les personnages principaux ne sont autres que ceux qu'elle rencontre au quotidien dans sa petite bourgade, Silverstream. Je vous laisse imaginer le chaos que la publication du livre va entraîner ! Et puis pour terminer, en cette fin d'année, mon attention s'est portée vers un roman dont l'action se déroule sur une île écossaise fictive où on tente de lever le voile sur la disparition d'un auteur de polar lui aussi inventé de toutes pièces. Juste avant l'oubli d'Alice Zeniter a été une de mes plus belles lectures en cette fin d'année. 


En jeunesse, je retiens trois titres : Broadway Limited - Un dîner avec Cary Grant de Malika Ferdjoukh, Le mystère de Lucy Lost de Michael Morpurgo et Aristotle and Dante discover the secrets of the universe de Benjamin Alire Saenz. Ils sont tous les trois très différents les uns des autres mais je les ai tous adorés, avec une préférence (pas du tout prévisible) pour Broadway Limited.


J'ai fait de très belles découvertes en bandes-dessinées cette année, mais celle qui a tiré son épingle du jeu a incontestablement été California Dreamin' de Penelope Bagieu



Et vous, quels sont les romans/bandes-dessinées qui ont marqué votre année ?