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mardi 24 mai 2016

Keeper of the lost cities (1)


J'avais entendu de très bonnes choses concernant la série de Shannon Messenger, mais franchement, je ne m'attendais vraiment pas à aimer autant ce premier tome. Quel bonheur de se plonger dans une série jeunesse à la hauteur de ses attentes. Et si c'est ce que vous recherchez également, je vous recommande cette lecture !


Sophie Foster, 12 ans et demi, est une jeune fille aussi brillante que discrète. Mais Sophie a un secret qu'elle tente tant bien que mal de cacher à sa famille : elle peut entendre toutes les pensées des personnes qui l'entourent, ce qui est loin d'être une partie de plaisir au quotidien. Lors d'une sortie scolaire au musée, Sophie rencontre Fitz, un jeune garçon à l'esprit étrangement silencieux... Un nouveau monde se révèle alors à Sophie qui découvre petit à petit qui elle est et d'où elle vient vraiment.

Ce premier tome est une vraie réussite. Nous faisons la connaissance de Sophie, et nous découvrons ce nouvel univers en même temps qu'elle. Une nouvelle école, de nouveaux amis, de nouveaux parents, de quoi déstabiliser la jeune fille qui ne sait plus où donner de la tête mais notre héroïne est plutôt mâture pour son âge, et s'en sort très bien. Le monde créé par Shannon Messenger est riche, ses personnages sont drôles et attachants, l'intrigue est habilement menée et nous tient en haleine, sans nous assommer de scènes d'action (ce qui est très appréciable pour ma part). L'essentiel de l'histoire se déroule au sein de l'école, entre deux cours, après un déjeuner, ou un goûter entre amis. L'ambiance ne manque pas de nous rappeler celle que l'on retrouve à Poudlard. Mais si nous retrouvons par-ci par-là des clins d'oeil ou des similitudes au monde d'Harry Potter, celui de Sophie n'a rien à lui envier en originalité. Il s'agit davantage du plaisir de lecture, de l'attachement à toute une série de personnages à la fois charismatiques et attendrissants ainsi que de l'omniprésence de l'amitié au sein de l'histoire qui nous rappellent agréablement l'univers de JK Rowling.

J'ai vraiment adoré ce premier tome, et la fin m'a laissée émue et impatiente de me plonger dans la suite. C'est sûr, je ne vais pas attendre longtemps avant de craquer... En tout cas, j'espère que je vous ai donné envie de vous y intéresser !

♥ | Keeper of the lost cities, Shannon Messenger, Aladdin paperbacks, 2012, 488 p.
Lu en anglais. Titre français : Gardiens des cités perdues - Tome 1.

mardi 26 janvier 2016

Les Outrepasseurs

Je viens de terminer le dernier tome de la trilogie des Outrepasseurs de Cindy Van Wilder que j'avais commencée il y a déjà quelques mois. Une fois le deuxième volet ouvert, je n'ai pu qu'enchaîner avec le dernier tome. Ces deux derniers volumes se sont révélés hautement addictifs !


Résumé (sur base du premier tome - pas de spoilers) :
Un soir, alors qu'il rentre chez lui, Peter est victime d'une attaque. Sauvé de justesse par sa mère, il est emmené dans un endroit à l'atmosphère étrange, Lion House, où on lui révèle qu'il appartient à une société secrète appelée Les Outrepasseurs. Sur place, il fait la connaissance d'autres adolescents qui découvrent en même temps que Peter ce nouveau monde dont ils n'avaient jusqu'alors jamais soupçonné l'existence. Ils rencontrent également le chef de cette étrange association : Noble, que tous nomment cérémonieusement Monseigneur, y compris la mère de Peter, Hermeline, qui lui semble être totalement soumise. L'homme a une apparence terrifiante qui ne se dégage pas uniquement de sa présence écrasante, mais aussi de son visage défiguré dévoilant une âme de guerrier qu'il faudrait être sot pour défier. Noble indique à la nouvelle génération, les héritiers, qu'ils sont sur le point de subir une épreuve d'initiation à l'issue de laquelle sera décidée leur appartenance ou non au monde des Outrepasseurs. Cette appartenance sera alors scellée d'un serment d'allégeance aux lois qui régissent la société secrète, mais surtout à son redoutable maître.

Je ne pense pas qu'il soit utile de vous en dire plus pour éveiller votre intérêt. Et ce que je peux vous confirmer, c'est que l'ensemble de la trilogie s'avère aussi prenante que les prémices de l'histoire qu'elle renferme. Le monde des Outrepasseurs est un monde dans lequel il est passionnant de se plonger, qui ne souffre d'aucun temps mort et qui jouit d'une maîtrise de narration au rythme imparable, et plutôt cruel, pour nous, lecteurs en soif d'aventures se retrouvant obligés de reposer notre lecture pour pallier aux banales exigences de notre condition de mortel.

Si le premier tome présente toutes les caractéristiques d'un tome introductif, principale reproche qui a été formulée à son égard d'ailleurs, il n'en est rien des deux volumes suivants qui libèrent le flot narratif dont l'auteur nous avait jalousement dissimulé la teneur mais dont on ne manquait pas de percevoir la force. C'est d'ailleurs ce que j'avais beaucoup aimé à la lecture du premier tome; cette impression de tenir en main toutes les clés d'un mystère dont je ne comprenais pas encore le contenu mais dont je percevais le très haut potentiel.

Nous sentons de suite que l'histoire que vivent nos héros sera partie intégrante de l'Histoire des Outrepasseurs, et qu'elle ne sera pas reléguée au rang d'anecdotes dont pourront se délecter les futures générations de guerriers. D'où bien entendu l'importance du premier volume qui pose des bases essentielles à toute l'histoire que tisse ensuite Cindy Van Wilder. Une histoire sombre et sans pitié, à l'image des personnages qui en sont à l'origine. A travers les épreuves et les décisions auxquelles elle soumet ses personnages, l'auteur analyse les tréfonds de l'âme humaine en montrant comment ce qui était à la base une malédiction a été transformée en une force redoutable; et comment celle-ci a façonné les âmes de ceux qui en détenaient les rennes pour petit à petit leur faire oublier la fine frontière séparant le bien du mal. Cependant rien n'est manichéen ou trop facile dans la façon dont l'auteur aborde ces sujets. Peter lutte davantage contre une institution et un système que contre une personne en particulier. Même si Noble en est l'incarnation et que le jeune homme lui voue une haine sans répit; en nous donnant un aperçu de ses pensées, l'auteur nous parle du poids des traditions et de cette soumission aux règles d'un système aussi bien rôdé que celui des Outrepasseurs dont la remise en question entraînerait pour ses plus fervents défenseurs un séisme au sein d'un système de valeurs perpétué depuis de nombreux siècles. Comme je le disais déjà dans mon billet sur le premier tome, rien n'est blanc, rien n'est noir, et chaque personnage oscille dans des nuances de gris tantôt claires, tantôt anthracites. Et c'est ce qui les rend encore meilleurs.

Un petit mot pour terminer sur l'écriture de Cindy Van Wilder qui donne une ambiance et un ton qui avalent l'histoire pour lui donner une forme autre, unique. Les romans ne seraient pas ce qu'ils sont sans la magie qu'elle y insuffle. On y retrouve cette ambiance glaçante, cruelle et sans pitié que l'on retrouve dans les contes dont elle manie les codes avec brio.

Lorsque j'ai refermé le dernier tome, je n'étais pas encore certaine de lui octroyer le coup de coeur. Mais je pense qu'après avoir écrit mes impressions, je ne pense pas qu'il soit encore nécessaire de me poser la question. En bref, si l'histoire vous tente, n'hésitez pas une seconde car cette trilogie figure parmi les plus réussies du genre.

vendredi 30 octobre 2015

Le château

Dans ce premier tome de la trilogie des Ferrailleurs, Edward Carey vous emmène au sein du château des Ferrayor situé au sommet d'une montagne de détritus. La décharge se situe quelque part en banlieue londonienne, dans un endroit qui est devenu si étrange que personne n'ose s'y aventurer. Chez les Ferrayor, cette vieille famille composée des membres les plus étranges, la tradition veut que chacun des membres de la famille reçoive lors de sa naissance un objet qui le suivra toute sa vie, ce qu'ils appellent un "objet de naissance". N'importe quel objet peut faire l'affaire : une bonde, un sifflet, un manteau de cheminée, un robinet... Personne ne sait comment ces derniers sont choisis, ni pourquoi un lien si fort se tisse entre l'objet et son possesseur...

Clod, notre héros, est un jeune homme d'une quizaine d'années, en passe de se soumettre au rituel du pantalon, c'est-à-dire de rejoindre le banc des adultes en abandonnant ses culottes courtes. Mais la particularité de Clod est sa capacité à entendre les objets parler, murmurer, crier... Alors même s'il a toujours été relégué au second plan par les membres de sa famille qui le jugent chétif et étrange,  c'est à lui qu'on fait appel lorsque la poignée de porte de Tante Rosamund disparaît... Ajoutez à ça l'arrivée d'une orpheline très particulière au sein du château ainsi que celle d'une tempête et vous avez dans vos mains les ingrédients pour secouer les fondations sur lesquelles repose tout ce beau petit monde et ses traditions.

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Ce qui a tout de suite attiré mon attention dans ce livre, c'est son originalité, difficile de ne pas être intrigué par cette histoire de décharge, de château, d'objets de naissance ou encore d'objets qui parlent. C'est le roman de ma liste d'Halloween qui m'attirait le plus et je vous mentirais si je vous disais que je n'ai pas été déçue. Ce qui est certain, c'est que l'univers créé par l'auteur est incroyablement inventif et loufoque. Il y a d'abord le château à l'architecture très discutable qui est un endroit aussi affreux que fascinant. La vie au château ainsi qu'au sein de la décharge a quelque chose de très angoissant. Nous sommes étouffés par l'odeur et si le château est grand, le fait qu'il soit interdit d'en sortir sans danger rend le tout très claustrophobe. Il y a aussi un côté sombre et sale que l'auteur arrive parfaitement à faire passer (je pense ici à la scène des punaises, brrrr). Les personnages sont assez uniques en leur genre. Certains vous fichent d'ailleurs franchement la trouille. Car le livre est parsemé d'illustrations réalisées par l'auteur qui s'insèrent dans le récit comme des portraits de famille. C'est très bien fait et ça ajoute à l'ambiance du roman.

Tous les ingrédients étaient présents pour me faire passer un moment hors du commun, mais ça n'a pas fonctionné et je me suis ennuyée pendant une bonne partie de ma lecture. Je n'ai pas accroché avec le style d'écriture de l'auteur jouant sur les répétitions. Je l'ai trouvé trop affecté et artificiel. L'intrigue peine à s'installer et trop peu d'informations nous sont révélées avant la fin du récit. Du coup, on s'enlise et on traine. On attend que ça démarre et quand ça se passe, l'envie n'y est plus vraiment. Bien sûr, je conçois que Le château est un premier tome et qu'il a aussi pour but d'installer l'histoire qui va se développer dans les deux tomes suivants, mais la magie n'a tout simplement pas opéré avec moi, et je ne pense pas que je lirai la suite.

Si vous l'avez lu ou s'il vous tente, n'hésitez pas à m'en parler dans les commentaires !

jeudi 29 octobre 2015

Meurtres au manoir

Meurtres au manoir m'a fait découvrir la plume de Willa Marsh et j'en suis plus que ravie car j'ai adoré son écriture très particulière et son humour plutôt acide. Je vais m'empresser de découvrir d'autres romans de l'auteur, Le journal d'Amy Wingate m'attend déjà dans ma PAL.

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L'histoire commence alors que nous faisons la connaissance de Clarissa, une jeune londonienne dont le seul but dans la vie est de se trouver un bon parti pour échapper aux contraintes que lui imposerait une vie active et ordinaire. Quelle chance a-t-elle de rencontrer Thomas, un jeune veuf à la personnalité lisse qui ne tarde pas à tomber sous son charme. Clarissa éprouve de l'affection pour Thomas, mais c'est du style de vie qui l'attend dont elle tombe follement amoureuse, et plus particulièrement du splendide manoir de style Tudor où elle rêve d'établir demeure. Ce dont Clarissa ne se doute pas, c'est que les deux vieilles tantes qui résident au manoir et qu'elles trouvent absolument adorables sont en train de mettre en place un plan particulièrement retors pour arriver à leurs fins.

Perdu quelque part au fond du Pays de Galles, le manoir est loin d'être une bâtisse ordinaire. Il abrite depuis des générations la famille de Thomas dont la généalogie ne s'est pas gênée pour emprunter des voies détournées. Surtout, il est intrinsèquement lié aux terres sur lesquelles il a été bâti. Les lieux sont inondés de vieille magie, une magie qui trouve sa source dans d'anciens rites païens. Le manoir et ses terres ont un côté ensorcelant, leurs personnalités sont magnétiques. Leurs occupants se transforment en marionnettes sous leur emprise. On ne sait pas du tout où Willa Marsh nous emmène, et on se laisse totalement emporter par ce récit à l'ambiance très sombre où se déploie toute la noirceur de l'âme humaine. Pourtant, Meurtres au manoir est un roman que j'ai aussi trouvé extrêmement drôle. L'humour y est noir et grinçant, il fonctionne totalement aux dépens des personnages. Les personnalités les plus faibles et maléables sont écrasées et manipulées, et il en va de même pour les hommes qui n'ont ici qu'un rôle réduit à celui de géniteur. Meurtres au manoir est en effet avant tout un récit de femmes au cours duquel les desseins les plus vils s'entrechoquent et s'entremêlent pour donner lieu à une comédie à l'image de ses personnages les plus forts : immorale et délicieuse.

J'ai vraiment adoré ce roman cynique aux allures gothiques où se cotôient magie noire, fantômes et manipulations les plus diverses. L'ensemble a un petit côté théâtral qui fonctionne à merveille. C'est franchement savoureux, et ça s'agrémente parfaitement d'une bonne tasse de thé. Surtout si on l'aime amer.

mardi 27 octobre 2015

Blackwood - Le pensionnat de nulle part

Je vous emmène aujourd'hui au milieu de nulle part, dans un endroit qui vous flanquera à coup sûr la chair de poule (enfin... si vous êtes facilement effrayés comme je le suis !). Intéressés ?

Kit commence l'année dans une nouvelle école, un pensionnat tenu par Mme Duret, une française aux méthodes d'enseignement peu orthodoxes (ils ne savent pas à quel point...). Si cette nouvelle expérience enthousiasmait la jeune fille au départ, l'idée de vivre cette aventure sans sa meilleure amie dont la candidature n'a malheureusement pas été retenue lui parait beaucoup moins séduisante à présent. Et lorsque la voiture arrive dans l'allée surplombant la pension, un sentiment très étrange envahit Kit qui n'a alors qu'une envie, s'échapper... Notre héroïne n'est pas au bout de ses peines...

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Ce court roman jeunesse raconte une histoire prenante et plutôt originale. L'ensemble est rythmé autour de chapitres courts, l'écriture est simple mais elle ne manque pas de nous emporter. Je dirais de ce roman qu'il est efficace, mais il n'est pas pour autant dépourvu de défauts. Les idées développées sont assez intéressantes mais elles auraient gagné à être plus fouillées, nous restons trop en surface. Je dois avouer que j'aurais aimé en savoir davantage sur l'histoire de Mme Duret et ce qui l'a menée jusqu'à Blackwood. Quant à la fin, elle est beaucoup trop précipitée.

Le roman a été publié pour la première fois en 1974, il a été mis à jour en 2011, ce qui explique les mentions de téléphones et ordinateurs portables, d'internet ou de Google. Personnellement, j'aurais préféré que ça ne soit pas le cas. Rappeler l'époque à laquelle l'histoire est censée se dérouler aurait été suffisant, même si ce n'était pas vraiment nécessaire. Je trouve que forcer le roman à entrer dans une époque qui n'est pas la sienne lui fait perdre sa dimension intemporelle et une bonne partie de son ambiance, bien que je puisse concevoir que pour intéresser un public jeune il faille peut-être des éléments auxquels ils puissent s'identifier.

Pourtant, j'ai passé un moment fort agréable (si agréable est véritablement le mot) à Blackwood. L'atmosphère est particulièrement angoissante, et nous vivons l'étouffement de Kit à mesure qu'il grandit au fil des chapitres. Comme elle on se demande ce qui peut bien se passer, qu'est-ce qui se cache derrière ces évènements et comportements plus qu'étranges dont elles et ses camarades sont les témoins. C'est bien pensé et l'auteur a réussi à me troubler à plusieurs reprises. Disons que c'est un petit roman simple et efficace convenant bien à l'automne. Je ne vous dis pas de vous ruer dessus, mais je ne vous le déconseille pas non plus.


mercredi 7 octobre 2015

Uprooted

Je vous parlais dans un précédent billet de la fourberie des jolies couvertures, et bien je peux vous affirmer que ce roman en est le parfait exemple. Uprooted avait pourtant tout pour me plaire, de son résumé attrayant aux avis dithyrambiques sur Goodreads, en passant par son esthétique parfaite. The whole package. Mais au final, la magie n'a pas fonctionné avec moi.

Agnieska vit au sein d'un village situé aux abords du "Bois", une forêt enchantée dont les maléfices ne manquent pas d'originalité et ne cessent de perturber la vie des contrées qui le bordent. Les villageois bénéficient de la protection d'un puissant sorcier, le Dragon. En échange, tous les dix ans, celui-ci contraint les villageois à lui livrer une jeune fille de 17 ans, qui part vivre avec lui dans sa tour, située à côté du village. Personne ne sait ce qui arrive aux jeunes filles lorsqu'elles sont à son service. Ce qui est certain, c'est qu'une fois qu'elles sortent de la tour, elles ne se réinstallent jamais au sein de leur village. Elle partent pour la ville où elles décident le plus souvent d'obtenir une éducation. Certains diront qu'il leur offre un avenir, mais personne ne sait en échange de quoi... Cette année, une nouvelle jeune fille sera choisie. Tous pensent que Kasia, l'amie la plus proche d'Agnieska sera celle que le Dragon emmènera, mais le lecteur se doute bien qu'il en sera tout autrement...

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Il y a beaucoup d'éléments et de passages de ce roman que j'ai découverts et lus avec plaisir. Le mystère tournant autour du Dragon, la façon dont la magie est abordée (de prime abord) et les mystères qu'elle renferme notamment dans les différentes façons de la pratiquer, le rapport à la nature, elle-même intimement liée à la magie, ainsi que le style d'écriture de l'auteur qui dans un premier temps nous plonge dans l'atmosphère du conte de fée dans ce qu'il a de mystérieux et d'inquiétant, sont autant d'aspects de l'intrigue qui offraient au roman un immense potentiel.

Pourtant, Uprooted ne m'a pas du tout convaincue. Ce qui commençait comme une histoire captivante s'est transformé en un récit brouillon où chacune des parties semblaient artificiellement rattachées les unes aux autres. Chaque évènement mène à un autre, le rythme est effréné, mais plutôt que de nous emporter, c'est l'impression que tout se suit et s'enchaîne pour nous faire oublier le manque de profondeur de l'intrigue qui nous gagne. Certains passages deviennent longs, trop longs et on n'a qu'une envie c'est de balayer la page d'un regard en diagonale. Les personnages manquaient eux-aussi de consistance. On ne sait rien sur Agnieska à part qu'elle a toujours un air désordonné (et je veux bien dire, toujours, car l'auteur nous le rabâche au moins toutes les trois pages), un côté impulsif et capricieux qu'on ne comprend pas et qui ne colle pas à l'image que l'auteur tente vainement de nous imposer. Et puis surtout, comment, en développant de telles capacités si rapidement (là aussi, peu vraisemblable...), ne s'est-elle pas rendue compte plus tôt de sa vraie nature ? Le Dragon est quant à lui lunatique et presque constamment malpoli, mais personne ne sait pourquoi. On passe son temps à attendre d'en savoir davantage, sur les personnages, certes, mais aussi sur le monde dans lequel ils évoluent, sur la pratique de la magie, mais surtout sur la façon dont elle fonctionne. En l'occurence, on a tendance à voir apparaître des sorts qui fonctionnent (ou pas) selon ce qui arrange l'auteur à tel moment de l'intrigue. On n'y croit pas car on ne comprend pas, et on attend jusqu'à la fin qu'on nous l'explique. Les relations entre les personnages souffrent elle-aussi d'un manque cruel de profondeur. Il n'y a ni complicité ni alchimie, et la romance (totalement dispensable au passage) est assez mal amenée... C'est vraiment dommage. L'histoire et les personnages sont finalement noyés dans un flot d'actions franchement peu intéressantes.

La deuxième moitié du roman m'a totalement désintéressée. On s'éloigne de l'intrigue principale, et ce que l'écriture prend en rythme, cette dernière perd en intérêt. Personnellement, lire des dizaines de pages interminables décrivant des batailles franchement dispensables, très peu pour moi.  Ma lecture fut assez chaotique jusqu'aux deux derniers chapitres où j'ai retrouvé un soupçon de ce qui avait capté mon attention au début de ma lecture. J'ai bien aimé ce que l'auteur offre à son personnage en fin de récit, et je pense d'ailleurs qu'il aurait été plus intéressant de développer cet aspect-là.

En résumé, Uprooted est un roman qui a abandonné ses promesses en cours de route. Je partais extrêmement confiante, et ma déception n'en fut que plus grande. Même si je suis la première à reconnaître et à répéter que tout n'est pas à jeter, Uprooted n'en demeure pas moins un roman que je ne vous recommande pas. Si certains d'entre vous l'ont lu, je serais plus que ravie d'en discuter avec vous dans les commentaires !


mardi 20 janvier 2015

Morwenna

Morwenna a 15 ans, et vient de perdre sa soeur jumelle dans un accident. Meurtrie tant psychologiquement que physiquement (une de ses jambes ne fonctionne plus correctement), elle décide de fuir sa mère, folle et maléfique. Elle fait alors la connaissance de son père, qu'elle n'a jamais vu jusqu'ici. Daniel vit dans un manoir avec ses trois demi-soeurs qui lui assurent confort matériel et salaire, un moyen pour elles aussi d'imposer leur autorité. C'est ainsi que sur leur volonté, Morwenna intègre l'école privée d'Arlinghurst. Avec sa canne, son accent gallois et son goût pour la lecture, elle a bien du mal à se fondre dans le décor. Mais peu importe, car notre héroïne préfère la compagnie de ses livres, et celle des fées. Ca ne l'empêche pas de se sentir parfois seule et d'avoir envie de se trouver un "karass" (en référence à un roman de K. Vonnegut), c'est-à-dire "un groupe de gens qui sont authentiquement interconnectés".


Morwenna (Among others, en vo) est un roman magnifique qui m'a fait une très forte impression. Je pense que comme les fées qui accompagnent l'héroïne, il restera longtemps à mes côtés. Ecrit sous la forme d'un journal intime, il endosse les traits du roman d'apprentissage, tout en appartenant à la fantasy. Il est aussi une ode à la lecture. Morwenna s'échappe dans les romans qu'elle dévore les uns après les autres. Les livres font ses journées, et elle ne respire qu'en lisant. Ils l'aident à supporter les douleurs du quotidien. Mais ils vont également être ceux qui lui permettront de s'ouvrir aux autres, et de faire notamment la connaissance de son père et de son grand-père paternel, de très grands lecteurs eux aussi.

Tout comme les livres et la lecture (et les gâteaux !), la magie fait elle aussi partie intégrante du récit. Elle coule dans les veines de notre héroïne, et apparaît comme étant aussi inquiétante que salvatrice. Les fils qu'elles tissent sont indécelables, et comme le rappelle souvent Morwenna, il est impossible de savoir où elle commence et où elle s'arrête ; si elle a seulement agi sur les évènements ou les a créés de toutes pièces.

Ce roman indéfinissable ne plaira pas qu'aux amoureux de fantasy et de science-fiction, genres auxquels il rend un hommage émouvant. Pas besoin cependant d'être un (grand) amateur du genre pour pouvoir apprécier sa lecture (je suis vraiment novice en la matière - mais ai désormais grandement envie d'y remédier), même si je pense qu'avoir une connaissance des titres et des auteurs cités accroit sans doute le plaisir de lecture.

La plume de Jo Walton fait transparaître avec habileté l'intelligence, les sentiments, ainsi que la nature complexe et fascinante de son héroïne et du monde dans lequel elle évolue. C'est un livre qui nous habite. Et qui nous touche. Quand on le referme, il nous laisse une impression de manque. Et on voudrait que Morwenna ne cesse jamais de nous écrire.

"Those who do not believe in magic will never find it"


jeudi 27 novembre 2014

Au manoir des frissons frissonnants

Prenez votre mug de chocolat chaud, et préparez-vous pour une évasion des plus réussies au Manoir des Frissons frissonnants où vous ferez la connaissance de l'adorable Lili, la fille de Lord Goth, maître des lieux. Lord Goth ne s'est jamais remis de la perte de la mère de Lili et oblige sa fille à porter de bruyants godillons pour l'alerter de ses déplacements et pouvoir ainsi l'éviter. Car il lui est trop douloureux de passer trop de temps avec sa fille sans que celle-ci ne lui rappelle le douloureux souvenir de sa mère. Pourtant, Lili aimerait beaucoup que sa relation avec son père ne se limite pas aux thés du mercredi, mais en attendant, elle n'a pas d'autre choix que de ravaler sa solitude et de penser à autre chose. Heureusement, elle vient de faire la connaissance d'Ismaël, une souris fantôme victime d'un affreux piège à souris. Maltravers, l'effrayant garde-chasse d'intérieur du manoir des Frissons frissonnants serait-il à l'origine de ce malencontreux incident ? Alors que Lili va aider Ismaël à reposer en paix, elle va partir à la découverte des recoins les plus cachés de sa demeure et se faire une bande d'amis au passage en rejoignant le "club du grenier".

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J'ai vraiment tout aimé dans cette lecture. L'histoire est à la fois toute mignonne et pleine d'originalité, et les illustrations de Chris Riddell rendent ce roman illustré délicieusement fantasque. Lili Goth et la souris fantôme est sans conteste le résultat d'une imagination débordante ! Le tout fourmille de détails, que ce soit dans les dessins ou dans l'écriture. Je tiens d'ailleurs à souligner la qualité de la traduction française qui est brillante. Comment ne pas être intrigué par des lieux comme "l'aile brisée", "l'arrière de l'arrière-jardin", "le lac des carpes bavardes", "les étables instables" ou encore "le marécage de la mélancolie" ? (je ne peux vraiment pas choisir !). Il y a de nombreuses références à la littérature classique (je pense notamment aux noms des gouvernantes - excellentissime !), des notes de pieds de page délicieuses et des situations cocasses qui se succédent les unes aux autres (une course de bicyclettes métaphorique !). Ce mélange pour le moins unique fait de Lili Goth un petit bijou qui plaira tant aux plus jeunes qu'aux adultes qui auront quant à eux tout le plaisir de repérer le foisonnement de références, et de s'émerveiller devant l'ingéniosité de Chris Riddell. Croyez-moi, vous passerez un excellent moment !

Je trouve par ailleurs qu'il ferait un excellent présent au pied du sapin. Quant à moi, je rajoute à ma Christmas wishlist la série Apolline du même auteur et qui promet d'être tout aussi savoureuse ! Ca me fera patienter jusqu'à la sortie française du tome 2.

Lili Goth et la souris fantôme, Chris Riddell, Milan, 224 p.